Le bain froid après l'entraînement, faut-il plonger après chaque séance ?
Plonger dans l'eau glacée après chaque séance pour récupérer plus vite, la promesse séduit. Une étude analysée par Michael C. Zourdos dans la revue MASS montre que l'eau froide accélère bien la récupération immédiate, mais qu'en faire une routine finit par rogner les gains de muscle et de force.
Vous terminez une grosse séance de jambes. Les cuisses sont lourdes, vous savez déjà que les courbatures arriveront demain. Sur les réseaux, des athlètes vantent leur bain glacé quotidien comme le secret d'une récupération express. L'idée est tentante, et si plonger dans l'eau froide après chaque entraînement vous faisait récupérer plus vite, encaisser plus de volume, progresser davantage ?
Avant d'installer une baignoire d'eau glacée à demeure, il vaut la peine de regarder ce que dit la science. Le chercheur Michael C. Zourdos a passé en revue, dans la revue scientifique MASS (Monthly Applications in Strength Sport), une étude consacrée aux méthodes de froid en récupération [1]. Son analyse oblige à distinguer deux niveaux de source, d'un côté les études scientifiques elles-mêmes, de l'autre la lecture qu'en fait MASS. C'est cette lecture, plus nuancée qu'il n'y paraît, que nous vulgarisons ici, l'article original de MASS restant la référence pour le détail méthodologique complet.
Ce que dit l'étude, eau froide contre cryothérapie.
L'étude analysée par Zourdos, publiée en 2017 par Abaïdia et ses collègues, compare deux façons de refroidir le corps après l'effort [2].
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L'immersion en eau froide. On plonge le corps, tête exceptée, dans une eau froide, généralement sous 15 °C, pendant dix à douze minutes.
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La cryothérapie corps entier. On s'expose pendant trois à quatre minutes à un air glacial, situé entre −110 et −195 °C, dans une cabine spéciale.
Dix hommes physiquement actifs ont participé. Chacun a subi une séance volontairement éprouvante, cinq séries de quinze répétitions de leg curl en excentrique seul, c'est-à-dire en freinant la charge sans jamais la soulever, le geste qui crée le plus de dégâts musculaires. Puis chaque participant a testé tour à tour l'eau froide et la cryothérapie, à deux semaines d'écart, de sorte que chacun soit son propre point de comparaison.
Les chercheurs ont ensuite suivi la récupération juste après la séance, puis à 24, 48 et 72 heures, hauteur des sauts verticaux, force, courbatures, sensation de récupération, et taux de créatine kinase. La créatine kinase est une enzyme qui s'échappe dans le sang quand les fibres musculaires sont abîmées, plus son taux grimpe, plus les dégâts sont importants.
Le verdict est net. L'eau froide a fait mieux que la cryothérapie sur plusieurs mesures, les sauts à 72 heures, les courbatures à 48 heures, la sensation de récupération à 24 heures, la créatine kinase à 72 heures. Et l'inverse ne s'est jamais produit, sur aucune mesure, à aucun moment, la cryothérapie n'a dépassé l'eau froide. Les écarts, sans être spectaculaires, ont été jugés modérés et cohérents par les auteurs.
Pourquoi le froid aiderait-il ? Principalement par un phénomène appelé vasoconstriction, exposé au froid, l'organisme resserre involontairement ses vaisseaux sanguins pour protéger ses organes internes. Ce resserrement réduit le débit sanguin vers les muscles, ce qui limite le gonflement et calme l'inflammation des heures qui suivent l'effort. Une autre étude, publiée en 2017 par Mawhinney et ses collègues, a d'ailleurs montré que l'eau froide réduit davantage le débit sanguin et la température du muscle que la cryothérapie, dans les quarante minutes suivant un effort d'endurance [3]. Un point mérite toutefois d'être posé, une certaine dose d'inflammation est utile, c'est elle qui enclenche la réparation. L'objectif n'est donc pas de l'éteindre, seulement d'en rabaisser l'excès.
Le vrai débat, et si dix minutes de vélo suffisaient ?
À ce stade, l'eau froide semble gagnante. Mais Zourdos pointe un angle mort, battre la cryothérapie n'est pas un exploit si la cryothérapie n'est elle-même pas un très bon point de référence. La question utile est ailleurs, l'immersion en eau froide fait-elle mieux qu'une récupération active toute simple, marcher ou pédaler tranquillement quelques minutes ?
Une autre étude, menée en 2017 par Peake et ses collègues, a justement posé cette comparaison [4]. Après une séance de musculation, elle a opposé l'immersion en eau froide à dix minutes de vélo à faible intensité. Résultat, l'eau froide n'a pas mieux récupéré que le vélo léger, et n'a pas davantage réduit l'inflammation, mesurée via les cytokines, des protéines libérées par le système immunitaire.
Une nuance s'impose. Les deux études n'ont pas infligé les mêmes dégâts, celle d'Abaïdia reposait sur de l'excentrique pur, lent et contrôlé, donc très traumatisant pour le muscle, là où celle de Peake utilisait une musculation classique à cadence normale. Zourdos avance que l'eau froide pourrait être plus utile quand les dégâts musculaires sont importants, mais il précise lui-même que c'est une hypothèse, impossible à confirmer en l'état. Reste une question pratique difficile à éluder, pourquoi chercher un bassin d'eau froide si dix minutes de vélo, gratuites et accessibles partout, font aussi bien ?
Le piège du long terme.
Qu'un outil fonctionne pour une séance ne signifie pas qu'il faille l'utiliser à chaque fois. C'est ici que l'histoire bascule.
Une étude de Roberts et ses collègues, publiée en 2015, a suivi vingt-et-un hommes entraînés, au moins un an de pratique, pendant douze semaines, à raison de deux séances par semaine [5]. Un groupe terminait chaque séance par dix minutes d'immersion en eau froide, l'autre par dix minutes de vélo léger. Au bout des douze semaines, le groupe vélo avait gagné significativement plus de masse musculaire et de force au bas du corps que le groupe eau froide.
Un second volet de la même recherche, mené sur d'autres participants, explique pourquoi. Les chercheurs y ont mesuré, entre 2 et 48 heures après l'entraînement, la signalisation anabolique, l'ensemble des signaux cellulaires qui ordonnent au muscle de se reconstruire. Ils ont observé deux acteurs clés. D'abord la voie mTOR, une sorte d'interrupteur cellulaire qui déclenche la synthèse des protéines musculaires. Ensuite les cellules satellites, des cellules de réserve qui réparent les fibres abîmées et leur fournissent de nouveaux noyaux, indispensables pour faire grossir le muscle. Chez les participants passés par l'eau froide, ces deux processus étaient nettement freinés.
Le mécanisme se retourne donc contre vous. Une fois de temps en temps, l'effet est négligeable. Répétés après chaque séance pendant des semaines, ces petits freins s'additionnent et finissent par rogner les gains de muscle et de force. Et cela vaut pour tout le monde, la voie mTOR et les cellules satellites fonctionnent de la même façon quels que soient votre âge et votre objectif. Que vous vous entraîniez pour gagner en force, en volume musculaire ou simplement pour entretenir votre condition physique, brider ces adaptations dessert ce que vous cherchez à construire.
Verdict et mode d'emploi.
Que retenir de tout cela ? L'immersion en eau froide est un bon accélérateur de récupération ponctuel, nettement supérieur à la cryothérapie corps entier. Mais deux réserves de taille en limitent l'usage, elle ne fait pas forcément mieux qu'une récupération active gratuite, et en routine, elle sabote la progression.
Il reste donc une place pour l'eau froide, mais étroite, les situations où récupérer vite prime, ponctuellement, sur la construction à long terme. C'est le cas, par exemple, d'un compétiteur de Strongman ou de CrossFit qui doit enchaîner plusieurs épreuves dans la même journée, sur un laps de temps aussi court, le léger frein sur les signaux anaboliques n'a pas le temps de peser, et le gain de fraîcheur est précieux. Mais ce cas de figure reste l'exception, pour la plupart des pratiquants, qui s'entraînent simplement pour progresser semaine après semaine, ce besoin ne se présente quasiment jamais.
En pratique, Zourdos recommande de réserver l'eau froide à un usage parcimonieux, au plus une fois par mois, et de ne jamais en faire une routine de fin de séance. Si vous y recourez, le protocole retenu est simple, une immersion jusqu'au cou, dix minutes, dans une eau autour de 10 à 12 °C. Le reste du temps, une récupération active douce comme une marche ou dix minutes de vélo tranquille fait le travail sans vous coûter le moindre gramme de muscle.
Une dernière prudence, ces conclusions reposent sur des études modestes. Celle d'Abaïdia ne comptait que dix participants, et ses effets, on l'a dit, ont été qualifiés de modérés. On ignore aussi à partir de quelle fréquence le froid devient nuisible, Roberts a testé deux séances par semaine, mais personne ne sait ce qu'il advient d'une immersion tous les quinze jours. En cas de doute, la règle reste prudente, le froid est un outil d'exception, pas une habitude.
Sources citées
Les références citées dans cet article.
- 01Zourdos M. C., Cold-Water Immersion Increases Acute Recovery More Than Cryotherapy. MASS (Monthly Applications in Strength Sport), volume 1, numéro 4. Analyse dont cet article est une vulgarisation ; elle porte principalement sur l'étude d'Abaïdia et al. (2017).
- 02Abaïdia A. E. et al., Recovery From Exercise-Induced Muscle Damage: Cold-Water Immersion Versus Whole-Body Cryotherapy. International Journal of Sports Physiology and Performance, 2017. Étude principale analysée par MASS : dix hommes, protocole croisé comparant immersion en eau froide et cryothérapie corps entier.
- 03Mawhinney C. et al., Cold Water Mediates Greater Reductions in Limb Blood Flow than Whole Body Cryotherapy. Medicine & Science in Sports & Exercise, 2017. Montre que l'eau froide réduit davantage le débit sanguin et la température musculaire que la cryothérapie.
- 04Peake J. M. et al., The Effects of Cold Water Immersion and Active Recovery on Inflammation and Cell Stress Responses in Human Skeletal Muscle After Resistance Exercise. The Journal of Physiology, 2017. Compare l'immersion en eau froide à dix minutes de vélo léger après une séance de musculation.
- 05Roberts L. A. et al., Post-Exercise Cold Water Immersion Attenuates Acute Anabolic Signalling and Long-Term Adaptations in Muscle to Strength Training. The Journal of Physiology, 2015. Étude sur douze semaines, complétée d'un volet aigu sur la signalisation anabolique (voie mTOR) et les cellules satellites.
Cet article est une vulgarisation de l'analyse « Cold-Water Immersion Increases Acute Recovery More Than Cryotherapy », publiée par Michael C. Zourdos dans la revue MASS, portant principalement sur l'étude d'Abaïdia et al. La source 01 est cette analyse, les sources 02 à 05 sont les études primaires qu'elle commente. Pour le détail méthodologique complet, référez-vous aux sources originales, en particulier à l'article de MASS.
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